#6 La mania de l’austérité

Concepts requis ; politiques keynésiennes, lien entre investissement et taux d’intérêts,

A la suite du crash financier, la majorité des gouvernements ont suivi des politiques dites expansionnistes ou keynésiennes si l’on tire un peu le trait (#). En gros, ils ont dépensé plein d’argent pour essayer de relancer l’économie. Et ça a marché ! La chute libre de l’économie fut bientôt arrêtée. Cependant et en dépit des résultats positifs de ce genre de stimulus, les instances politiques changèrent quelques temps plus tard radicalement de philosophie. C’était le début de la mania de l’austérité. La mission était claire, redresser les comptes de l’état et en terminer avec les excès du passé. Dit comme ça, on pourrait presque y croire. Comme si un sage parlait. Nous verrons cependant qu’au lieu de réparer l’économie, ces politiques ont en fait été destructrices.

Ce choix de politique doit pour beaucoup à la vision déformée du problème européen dont les gouvernements firent preuve. Cette vision tronquée est qualifiée par l’éminent économiste américain Paul Krugman de « grande illusion ».

A l’époque – et encore aujourd’hui -, voici ce que l’on pouvait entendre ; La situation de crise à laquelle l’Europe doit actuellement faire face est essentiellement due à l’irresponsabilité fiscale. Durant les années amenant à la crise, les pays européens ont contracté des déficits trop importants et c’est ceci qui est à l’origine de tous nos maux. Fondamentalement, les pays ont péché et doivent maintenant se faire pardonner leurs excès passés. C’est l’économie vue comme un « morality play ».

Avant tout, il est important de nuancer en disant que cette vision ne tombe pas du ciel. Des gouvernements comme la Grèce et le Portugal dans une certaine mesure ont en effet fait preuve d’irresponsabilité fiscale. Mais ceci doit être considéré comme une exception et en aucun cas représentatif du vrai problème européen (#). Si les déficits étaient véritablement à l’origine de la crise européenne, comment expliquer que la situation fiscale des pays européens était en constante amélioration avant la crise financière ? Des pays comme l’Espagne ou l’Irlande, pourtant durement touchés par la crise, réduisait effectivement leur ratio dette/PIB. Comment expliquer par ailleurs que des pays comme l’Italie et la Belgique, qui avaient tous deux des niveaux de ratio de dettes significativement plus élevés aient été relativement épargnés ? La crise de l’euro n’est pas due à de trop importantes dettes souveraines. Ce qui était vrai pour un pays comme la Grèce ne l’est pas pour ensemble de la zone.
De plus, si l’on prend l’Europe comme un tout, on se rend compte qu’elle était relativement moins endettée que ne l’était l’Amérique (en proportion bien entendu). Non, le problème n’est pas dans les déficits, le problème est ailleurs. D’ailleurs comment expliquer le regain de forme de l’Amérique alors que l’Europe reste à des niveaux de croissance et d’emploi extrêmement bas ?

Le problème n’étant pas du à la dette, pourquoi donc les doctrines d’austérité sont-elles devenues si populaires auprès des gens sérieux ? Ce que l’on croyait à l’époque, c’est que les politiques d’austérité étaient en fait expansionnistes. De par l’échec cinglant de ces politiques – la situation actuelle n’est pas mieux que la situation de 2008 -, nous en avons maintenant la preuve – quelques irréductibles y croient encore, la Grande-Bretagne en tête, je ferai un article à leur sujet – les politiques de contraction budgétaire sont en fait, et bien, contractionnistes. Afin de faire un procès juste, laissez-moi résumer l’essence de leurs pensées et de leur raisonnement.

L’argument numéro un était la peur. Les gouvernements, entre autres, avaient peur que les différents pays européens suivent la même voie que la Grèce, c’est à dire une explosion de leur dette souveraine. Comme nous le savons aujourd’hui et comme il aurait été possible de le prévoir à l’époque, la Grèce doit être considéré pour ce qu’elle est ; une exception qui n’est pas représentativs des véritables problèmes de l’Europe. L’argument de la peur ne tient donc pas.

Argument numéro deux, la confiance des ménages. Le fait d’imposer une politique d’austérité était censé redonner une image de confiance aux gouvernements. Les pays auraient la possibilité de montrer qu’ils savent faire preuve de discipline et cela aurait pour conséquence de restaurer la confiance des consommateurs, facteur primordial pour une reprise de l’économie. Les consommateurs en seraient donc impressionnés. Si mon gouvernement dépense moins aujourd’hui, cela veut dire qu’il pourra taxer moins demain, donc moi, consommateur, peux dépenser plus d’argent maintenant car je sais que je devrai payer moins d’impôts demain. Les gens se sentiraient donc relativement plus riches. Combien connaissez-vous de personnes qui calculent ce qu’ils peuvent dépenser aujourd’hui basé sur ce qu’ils prédisent du taux d’imposition durant les cinq à dix prochaines années ? Moi non plus.

Argument numéro trois ; les investisseurs, impressionnés par la volonté des gouvernements de réduire leur déficit réviseraient vers le bas leurs attentes concernant l’emprunt futur des gouvernements, ce qui aurait pour conséquence une révision à la baisse des taux d’intérêts puisque le pays serait considéré comme plus sûr, ce qui stimulerait l’investissement (#) et compenserait la perte de PIB lié à la réduction des dépenses publiques (#) (qui réduit le PIB en plus d’augmenter le chômage). Ce que montre les chiffres, c’est que, premièrement, les taux d’intérêts au moment de la décision restaient relativement abordables et pas forcément inquiétants au regard des niveaux historiques et deuxièmement que les taux d’intérêts espagnols sont en constante diminution depuis 2012 après avoir été à des niveaux relativement bas durant la période suivant la crise. Clairement, il n’apparaissait pas que la question de la solvabilité d’un pays comme l’Espagne – la Grèce, c’est autre chose – était une source d’inquiétude pour les investisseurs. Ce n’était du moins pas, en toute honnêteté, le problème le plus important de l’Europe à ce moment-là.

Malgré tous ces avertissements, les politiques se sont obstinés.

Aujourd’hui, il est admis que la politique d’austérité était effectivement infructueuse jusqu’au point ou presque personne n’y croit encore. Presque personne, excepté la Grande-Bretagne. Plus à ce sujet dans un prochain article.

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